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samedi 26 février 2011

Entre le marteau et l'enclume...

Marie, un petit bout de femme de 45 ans, travaille comme infirmière depuis toujours. Enfin, depuis qu'elle ne va plus à l'école, quoi.

Elle n'est pas à son compte, tout le monde n'a pas l'esprit d'entreprise et n'a pas forcément le cran qu'il faut pour voler de ses propres ailes et a besoin de se rattacher à une structure déjà existante, solide, qui la porte.

Rien de mal à cela.

Marie possède et vit une petite maison en Ardèche, à flanc de montagne, en pleine foret, donnant sur un petit bout de vallée qui offre un très joli paysage quand le temps est bien dégagé. De l'air pur, de l'eau tout droit sortie de la source juste derrière, peu d'ondes électromagnétiques (pas de wifi, et les portables ne passent pas), de quoi s'assurer une retraite calme avec le moins possible de pathologies à traîner.

Ses enfants ont grandi et sont partis de la maison, son mari est décédé l'année dernière, le deuil est fait, elle a repris du poil de la bête, tout se passe pour le mieux.

Dieu étant taquin, voici qu'arrive une épreuve. Une vache d'épreuve.

Marie est embauchée pour quelques mois dans ce que la société appelle pudiquement une "maison de retraite privée", qui n'est en fait qu'un lamentable et coûteux mouroir comme il en existe tant.

Que voulez-vous, les grabataires n'ont aucune valeur : ils ne travaillent plus, coûtent du fric à la sécu et en plus, ne sont plus capables de mettre un bulletin dans l'urne. Voilà le cynisme auquel on aboutit dans un monde d'élus qui font carrière dans l'élection.

Marie, petit bout de femme qui présente tous les signes d'une personne vertueuse à tous points de vue, se retrouve soudain à côtoyer l'impensable.

Revenons, à notre épreuve. L'impensable devient une réalité crue, insupportable.

Le genre d'impensable qu'on lit dans les journaux, qui fait parfois la une d'un JT pour bien nous expliquer avec la plus grande hypocrisie à quel point nous, les "non-élus", ne prenons pas soin de nos aînés.

Alors nous, on perçoit ça avec un certain détachement parce que bon, ça arrive aux autres. C'est pas en bossant dans un garage automobile qu'on tombera sur des situations comme ça. On sait que ça existe, mais comme c'est lointain, on en a pas vraiment la notion.

L'impensable en question, c'est la maltraitance, une maltraitance des plus abjectes, des plus inhumaines, des plus humiliantes qu'il puisse être donné de voir : des petits vieux laissés plusieurs jours baigner dans leur urine s'ils se sont oubliés au lit, d'autres à qui on fait manger leur vomi s'ils ont rendu après le repas, de la nudité forcée le temps que les vêtements soient lavés, vols d'effets personnels et d'argent, vraiment des choses absolument ignobles.

Marie n'a pu supporter de voir comment cela fonctionnait dans cet établissement pourtant réputé, cher, qui présente de l'extérieur tous les signes d'une maison respectable et respectueuse.
Après en avoir parlé à sa direction qui l'a joyeusement envoyé paître, elle décide d'en parler à l'agence régionale de santé, qui prend l'affaire en main. Tout se passe alors très vite : les enquêtes sanitaires sont suivies de poursuites pénales.

Il y a procès, et les sanctions tombent.

TOUTES les sanctions.

Le directrice de l'établissement, parfaitement au courant de ces agissements, mais qui fait partie de ses fondateurs, a été condamnée à ne plus assurer de responsabilités dans le monde hospitalier.... Mais voilà, en tant que fondatrice et détentrice d'une majorité de parts, elle est en fait toujours aux commandes. En arrière-plan, certes, mais aux commandes quand même. Autant dire rien du tout.

Deux autres personnes ont été condamnées, et c'est vraiment là que je veux en venir :

L'infirmière qui travaillait en binôme avec Marie, qui était tout aussi écoeurée de ces pratiques, mais s'écrasait parce qu'elle avait peur des conséquences, a par contre été condamnée à de la prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé cela aux autorités alors qu'elle y travaillait depuis bien plus longtemps.

La dernière sanction n'est pas pénale : dans le petit monde des hôpitaux et hospices, tout se sait très vite et désormais, Marie ne peux plus prétendre travailler dans aucun établissement d'Ardèche, ni même des départements voisins. Elle est grillée.

A présent, elle ne peut plus que passer les dimanches dans sa belle maison ardéchoise, qui s'abime à vue d'oeil puisque presque inhabitée, le reste du temps elle loue un appartement minable à Grenoble qui lui coûte une fortune par mois, pour pouvoir continuer à exercer son métier d'infirmière, à plus de 150 kilomètres de chez elle.

Que conclure de cette histoire ? Deux choses :

Premièrement, les acteurs du monde hospitalier, à partir d'un certain niveau, se protègent entre eux. Pire encore, ils savent tous que dans leur établissement, peuvent survenir des pratiques malsaines et au lieu de lutter contre cela, ou même faire de la prévention, c'est à dire faire en sorte que ces comportements ne jaillissent pas, préfèrent maintenir une omerta absolument nauséabonde. Quiconque met en évidence des dérives est mis au placard. Donc, on privilégie la poursuite des dérives à leur arrêt.

Deuxièmement : si on dénonce, on est grillé professionnellement. Si on ne dénonce pas, on risque la prison. Il semble que notre système judiciaire, si prompt à toujours tout vouloir légiférer, jusqu'aux dimensions de nos carrés de PQ et autant détails techniques ridicules, soit incapable de répondre à des questions de société, terriblement humaines pour le coup, en punissant la lâcheté plutôt que la responsabilité, et en encourageant pas..... le courage.

Marie, un petit bout de femme de 45 ans, prise entre le marteau et l'enclume, qui a fait le bon choix, a quand même pris le coup et s'est faite écraser.

jeudi 12 mars 2009

Petite perle radiophonique...

C'est passé ce matin sur RMC, pour une fois le père Bourdin, il a pas moufté.
Mais ça se comprend qu'il ait pas moufté. Pas parce qu'il avait pas de contre-argument.
Mais parce qu'un truc pareil qui passe en direct, ça vaut de l'or, l'audimat personnel a du exploser pendant quelques minutes car ça a rameuté du p'tit entourage au poste radio à ce moment-là.



J'ai pas grand'chose à ajouter, à part peut-être qu'il faut arrêter de nous sortir la soupe moisie comme quoi en laissant couler les banques, on laisse couler les comptes en banque des gens, des conneries tout ça : un établissement qui coule est illico repris par un autre, trop content de faire une bonne affaire : il suffit de voir comment BNP Paribas s'est jeté sur Dexia. Croyez-vous que ça a changé quoi que ce soit pour ceux, une immense majorité, pour qui une banque n'est qu'un dépôt de salaire attendant de disparaître intégralement dans le mois (voire avant) et rien d'autre ?

Quand tu es endetté, si ton créancier disparaît (on parle d'une personne morale évidemment, pour une personne physique, ça se passe pas tout à fait de la même façon, demandez à Dédé l'Etrangleur à Marseille), son repreneur revient à la charge, et il a raison : une dette a de la valeur. Ca ne me choque pas. Mais du coup, qu'est-ce que c'est qu'un compte sur une banque, sinon de l'argent que le dépositaire confie à sa banque, même sans jouer au boursicoteur du dimanche avec, et qu'il veut ensuite récupérer tel qu'il l'a laissé, moyennant "petite" finance ? La banque coule, le passif de ses clients reste. Alors il me paraît normal que l'actif reste lui aussi. De toute façon il est virtuel, le plus gros de l'argent en circulation sur des ordinateurs de banques n'existe pas physiquement.

Un compte en banque ce n'est pas de l'argent, ce ne sont pas des espèces sonnantes et trébuchantes mais juste quelques champs dans une base de données, point-barre. plus, moins, débit, crédit, l'argent n'existe pas. Par contre, ce qui existe, c'est le pouvoir qu'il procure qui lui a des répercussions énormes et certains ont un pouvoir qui est démesuré, vraiment démesuré. On trouve incroyable de placer dans les mains d'un juge sorti de l'école le pouvoir de détruire des vies honnêtes par erreur, mais que dire d'un ponte du CAC40, qui n'a jamais été un entrepreneur mais au mieux un gestionnaire de fonds, qui par une décision VOLONTAIRE cette fois détruit des milliers et des milliers de familles, hommes, femmes et enfants ? Et le sourire aux lèvres avec ça, et en fond sonore BFM qui t'annonce que ça grimpe, ça grimpe.

Allez, j'arrête, j'ai un moral merdique en ce moment, il faut que je me change les idées...

dimanche 2 novembre 2008

On prend les mêmes...

... et on recommence.

Extrait de l'émission "Les Grandes Gueules", sur RMC. Cette émission remonte à une dizaine de jours.
Je me bouge enfin pour que le fichier sonore soit facilement accessible.

L'émission revenait sur les deux dirigeants de la Caisse d'Epargne, suite aux centaines de millions d'euros perdus dans des placements à risque en pleine période de crise financière.

Mais écoutez donc (j'aurais bien mis "écoutez plutôt", mais je n'ai pas d'enregistrement de ses jappements).



Le monde de la finance est vraiment incorrigible. Et ça s'est pas arrangé par la suite.

On apprend dans cet article (en anglais) que Goldman-Sachs, énorme banque d'investissement américaine, après avoir touché l'équivalent de 10 milliards d'euros d'aide d'urgence, visiblement très satisfaite de se voir ainsi tirée d'affaire, et désireuse d'utiliser cette somme à bon escient, par exemple en relançant sa machine de prêt, a finalement changé d'avis et à reversé cette somme plus un petit bonus à ses cadres les plus méritants.

Cet argent n'ira donc pas dans le circuit économique pour lequel il est prévu, et vous vous doutez bien qu'il n'atterrira pas non plus dans le circuit de la consommation (vous vous voyez faire pour 10 milliards d'euros d'ACHATS, même à plusieurs ?). Nul doute que cet argent se retrouvera..... sur les marchés financiers.

J'ai pas déjà dit que le monde de la finance était incorrigible ?

Comment voulez-vous qu'on ne les déteste pas, ces gars-là ? Et c'est les mêmes qui viennent ensuite faire la morale à la population en nous faisant culpabiliser, qu'on coûte trop cher, qu'on travaille pas assez, et qu'on devrait déjà s'estimer heureux d'avoir tout juste de quoi vivre, à leur bon coeur m'sieu-dames.

Pour finir quelques témoignages d'auditeurs qui parlent de leur relation avec leur banque :

mardi 23 septembre 2008

Loin, très loin...

Aujourd'hui, Sarko est allé se pavaner devant la tribune de l'ONU pour dire aux américains "houuu c'est pô bien, messieurs les riches, ce que vous faites avec les sous, surtout ceux d'autres riches. J'ai Bolloré, Bouygues, Bouton* et Seguela qui me cassent les couilles parce qu'ils perdent de la thune à cause de vous, vous êtes contents ?".

Bon, là je vous ai fait la version littéraire.

Mais sa phrase qui m'a le plus scié, c'est celle-ci : "Les gens ont peur pour leurs économies, leur maison, leur emploi, leur compte en banque...".

Arrêtez, je vais pleurer ! Ce type est vraiment à 100 millions d'années lumières des préoccupations de ses concitoyens. Les seuls qui craignent pour leurs économies, leur maison, leur emploi et leur compte en banque, ce sont surtout ceux qui ont tout ça.

Croyez-vous qu'il y aura un mot pour ceux qui n'ont ni économies, ni maison, ni emploi, ni même de compte en banque ?

* Daniel Bouton, le patron de la Société Générale.

mercredi 28 mai 2008

Merci Total !

Juste un petit mot pour parler de la hausse du prix de l'essence, et parallèlement, de l'adaptation de la conduite des usagers de la route :

Le gazole a rejoint le prix du sans plomb, à croire que d'un seul coup le diesel est devenu encore plus compliqué à produire. Bon, la loi de l'offre et de la demande.... et du spéculateur aussi qui influence cette loi en étant ni demandeur, ni offreur, juste un parasite qui se sucre au passage, sans rien produire, rien transformer, rien consommer, juste ponctionner.

Et voilà justement que les automobilistes se mettent à conduire différemment : en roulant moins vite, le plus souvent largement en dessous de la limite de vitesse, pour économiser du carburant.

Et là je dis "merci Total" (et tous leurs potes, évidemment) de nous permettre de faire la nique aux radars automatiques et aux flics qui, après avoir rêvé de défendre la veuve et l'orphelin, se retrouvent planqués derrière un pilier de pont à verbaliser des excès de vitesse derrière une paire de jumelles. C'est beau un rêve de gosse.

Et c'est vrai que depuis un bon moment non seulement j'ai réduit considérablement ma consommation de carburant en passant d'une autonomie de 600 à 850 kilomètres, c'est pas des blagues, mais en plus je ne crains désormais plus le PV pour excès de vitesse, étant systématiquement en-deçà de la limite autorisée.

Je me rappelle que Sarkozy, étant ministre de l'Intérieur à l'époque où les radars automatiques ont été instaurés, disait "il faut frapper là où ça fait mal : au portefeuille". Il avait tout à fait raison, à ceci près que même en tapant dans le portefeuille, Total nous a prouvé que 15 euros de dissuasion (le prix de la hausse du plein d'essence) restent bien plus efficace que 130 euros de répression : c'est la hausse du prix de l'essence qui aura calmé les automobilistes, pas la menace d'une amende et de retraits de points...

Français nous sommes, avec nos portefeuilles et nos indisciplines envers l'autorité, on se refait pas.

samedi 16 février 2008

Shoah-illons nos petites têtes blondes

Bon, je vais essayer de faire ça calmement, je suis pas sûr d'y arriver.

J'ai terminé d'écrire cet article et je confirme : j'y suis pas arrivé, ça m'énerve trop cette connerie.
Bon, on commence.


Qu'est-ce que je pouvais bien avoir dans la tête à l'âge de 10 ans ? Allez, petit retour en arrière.

1983.

J'habitais à Bourges à l'époque (facile à trouver, pile au centre de la France), j'étais en classe de CM2, j'avais un instit à barbe (caractéristique à l'époque, c'était soit le crâne et toute la gueule rasée de près, soit la barbe ou pire, le collier de barbe, la marque de fabrique de ces cons-là).

A l'école, on était une quinzaine dans la classe, deux par table avec les casiers en-dessous, où s'entassaient nos bouquins, cahiers, bref tout ce qu'on nous mettait dans le crâne à longueur de journée, finissait dans un dessous de table à la fin de l'année. C'était le contraste entre l'école primaire et la suite, collège et lycée : à l'école primaire, j'apportais chez moi le soir une partie de la culture de l'école, le reste y restait (oops). A l'arrivée au Collège, rien ne subsiste là-bas, je gardais ma culture chez moi et j'en amenais une partie à l'école. Ce changement ne se faisait pas sans difficultés et il n'était pas rare que j'oublie quelques affaires au collège, et comme on habitait à perpète, pas question de retourner en catastrophe rechercher quelque chose à la maison pendant la récré. C'était foutu.

Mais revenons à notre sujet. J'en étais où moi ? Ah oui, ce que j'avais dans la tête au CM2, à 10 ans... A la sortie de l'école, on se courait après avec les copains en jouant au loup. On grimpait aux arbres où on s'aménageait tant bien que mal des cabanes de fortune. On expédiait les devoirs une fois arrivé à la maison et on ressortait pour jouer aux cowboys et aux indiens avec des pistolets à eau, on faisait du vélo ou du patin à roulettes sur les petits chemins en dalles de béton qui serpentaient au milieu des 3 immeubles qui constituaient le petit quartier. Une fois rentrés chez nous, après le dîner, on ouvrait nos albums Panini pour coller une ou deux images de foot échangées pendant la journée à l'école, ou on comptait nos billes, dont on apporterait une partie le lendemain matin à l'école pour faire des "parcours" de cyclistes en plastique dont nos billes représentaient la trajectoire. On était pas dehors le soir, on était au lit de très bonne heure. Bon c'est pas pour autant qu'on dormait tout de suite, mais bon, on traînait pas dehors. Dehors devenait l'empire des voyous du coin. Bon le terme voyous était un peu excessif, même pour l'époque et carrément débile pour maintenant. En gros, ils se contentaient de faire rugir les moteurs de mobylettes et de "faire chier les petits" quand il y en avait dehors. On est loin des tournantes dans la cave, du flingue ou du couteau, ou encore du dealer de shit. Enfin.

Bref, c'était l'époque de l'insouciance. De la pure insouciance, celle où on se fout complètement de tout ce qui se passe dans le monde, on est dans le nôtre et on s'y plaît, c'est la seule époque où on peut se le permettre, après c'est plus possible. On apprend des trucs à l'école, avec plus ou moins d'intérêt. Y'avait des trucs qui m'intéressaient comme les sciences et les maths, et d'autres qui me cassaient les couilles, comme l'histoire, les rédacs, etc... Déjà qu'on se foutait de ce qui se passait sur le moment, on allait pas s'emmerder avec ce qui s'était passé il y a 50, 100 ou 5000 ans.

L'in-sou-ciance. Cette période bénie de notre vie qu'on appelle l'enfance, et même si c'était pas l'opulence, c'était pas la mine non plus, et quels que fussent les problèmes que nos parents puissent avoir, on s'en foutait complètement, notamment parce qu'on le savait pas, on le voyait pas et on avait pas envie de savoir. Je me rappelle même qu'avant d'aller dormir, je discutais un brin par la fenêtre avec le copain, le fils du voisin, dont la fenêtre de la chambre jouxtait la mienne, et on parlait comme ça pendant un bon petit moment (bon, ça devait être 1/4 d'heure à tout casser, mais quand on est gosse et plein de vie, 1/4 d'heure, c'est déjà long).

L'insouciance.


Revenons à aujourd'hui.

Beaucoup de choses ont changé, j'ai presque 25 ans de plus, je bosse depuis 13 ans, c'est fini, l'insouciance, mais je me prends pas trop la tête avec tout ça, on ne vit qu'une seule fois, c'est pas pour se prendre la tête avec des conneries.

Cette semaine, un certain Nicolas S. qui réside à l'Elysée à mi-temps, décide qu'un gosse, c'est pas fait pour être insouciant, surtout quand on lui apprendra qu'un gosse est mort un peu à cause de lui, alors que déjà ses parents n'étaient pas nés à l'époque. Il faut qu'un gamin culpabilise dès l'âge du 10 ans.

L'idée en fait est de faire en sorte qu'un gosse qui entre au CM2 à partir de septembre prochain, se voit confié, je cite "la mémoire d'un des 11,000 enfants français victimes de la Shoah". Bref pour simplifier, le gamin devra retenir le nom, le prénom et ce que l'histoire aura retenu de ce gamin, tout cela au nom du "devoir de mémoire". Je poursuis la citation de Sarko "rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge".... Au cas où il l'aurait pas remarqué, ils n'ont pas le même âge : l'un a 75 ans de plus que l'autre et surtout ils ne se connaissent pas.

A 10 ans, on lisait les livres de "Martine", symbole même de l'innocence... les vrais livres hein, pas les couvertures parodiques. Je vous raconte pas le choc quand on passe de Martine à la Shoah à 10 ans.

J'imagine la tête de Xavier Darcos quand il a entendu Sarko sortir ça à la tribune du CRIF, une magnifique démonstration de cirage de pompes quand même, c'est effrayant. Déjà que vous allez voir qu'il va faire sauter la loi de 1905, concernant la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Mais comme il est pas sûr d'y arriver, il doit se dire que la séparation de la Synagogue et de l'Etat, elle a pas été votée, elle, et le voilà en train de faire le fayot auprès du CRIF.

Au passage, on aimerait bien entendre leur avis, aux gars du CRIF, sur le procès du "Sentier II", là on entend personne. Vous savez une histoire de blanchiment d'argent et de trafic de chèques à destination d'Israël, procès qui compte parmi ses accusés.... la Société Générale. Comme s'il fallait qu'ils nous prouvent que c'est une boîte d'enfoirés, il faut encore qu'ils nous servent des preuves supplémentaires. Merci, on en demandait pas tant... juste de la fermer et d'arrêter de nous prendre la tête avec vos histoires de pognon dont tout le monde, hormis de CAC 40, se contrefout. Allez demander au SMICard ce qu'il en pense, des déboires de la Société Générale, il s'en tape complètement.

Au moins, on est sûr que Sarkozy ira leur serrer la main, aux dirigeants de la Société Générale, eux reconnaissent l'Etat d'Israël.

Mais je m'égare à nouveau.

Donc, ça devenait surréaliste, comme si l'école n'était pas une arme d'abrutissement massif, il faut maintenant qu'on aille bourrer le crâne des gosses en leur faisant porter la mémoire d'un gamin mort il y a plus de 60 ans, parce qu'il ne faut pas oublier qu'en France, on a pas été très glorieux pendant quelques temps et qu'il y en a qui en ont bavé, d'autres qui sont morts, et il faut surtout pas oublier ça.

Bien sûr, c'est pas Chirac qui sera allé voir Papon pour aller lui dire "Allez Papy, maintenant tu vas porter la mémoire des 1150 juifs que tu as fait déporter, et t'as intérêt à retenir tous les noms, même si Alzheimer commence à te ronger les p'tites cellules grises". Par contre, aller faire culpabiliser TOUS LES MOMES du pays, en pleine époque d'insouciance, aller faire pleurer dans les chaumières, je trouve ça obscène au possible.

J'aimerais bien pour une fois entendre l'opinion de "Familles de France", cette association de parents cathos extrémistes complètement abrutis d'images pieuses ou encore les parents dans les Minguettes, les cités de la Courneuve ou de Sarcelles, à dominante musulmane. La tête d'un Imam quand son fils va rentrer à la maison et raconter ça à papa. Ca va être Rock'n'Roll, comme dit ma Freebox.

J'en vois déjà bondir en commençant à hurler "houuu mauvais citoyen, houuu le devoir de mémoire, tout ça, et blablabla...". En fait sur le moment, quand j'ai entendu ce délire de Sarko, qui nous a encore une fois fait preuve de son asservissement à tous les lobbies qui existent, et cette Bushisation religieuse qui me donne de plus en plus envie de gerber, les bras m'en sont tombés, mais j'ai fermé ma gueule. Ah ben oui mon vieux, il y a des sujets indéfendables, et la Shoah en fait partie et il est hors de question de porter la moindre négation dessus, aucun débat n'est permis et celui qui dit "non" est officiellement un délinquant.

Heureusement, Madame, oui, car je peux dire fièrement MADAME Simone Veil est venue à mon secours. Et je tiens à rendre hommage à l'intelligence de cette femme. Pour rappel, à l'âge de 14 ans, elle a pris le train au départ de Drancy, direction Auschwitz, d'où elle sera libérée presque 2 ans plus tard, après avoir assisté à presque toutes les horreurs que l'humanité a pu subir en Europe à cette époque.

Mais surtout, je tiens à saluer l'incroyable dignité de cette femme. Car c'est bien une question de dignité ici. Elle a vu et subi les pires horreurs et pourtant, c'est la dernière à chercher à faire pleurer dans les chaumières. Est-ce qu'elle passe son temps à nous mettre dans la gueule qu'elle en a bavé et qu'on devrait tous culpabiliser ? Non. C'est ça, la dignité, monsieur Sarkozy. Elle a dit ce qu'elle avait à dire lors de diverses interviews, dans des livres qu'elles a écrits, mais jamais cela n'a été mis en avant au cours de ses combats politiques. D'ailleurs le combat politique pour lequel elle est reconnue est celui des femmes, qui ont grâce à elle le droit à l'avortement, depuis 1975, ce fut une avancée majeure dans les droits de la Femme.

Je fais une petite parenthèse (oui, encore une, je sais, et alors ?) pour applaudir à cette intervention de Madame Veil, car sa position d'ancien ministre de la Santé, qui a donc fait voter la loi de 1975 sur l'avortement, lui permet aussi de combattre de front Sarkozy sur un autre chemin démago sur lequel il se lance : celui de la reconnaissance du foetus comme être vivant. On est en Chine, là les gars. Légalement, un foetus est un être vivant et il faudra pas grand chose pour qu'une femme doive désormais déclarer quand elle est enceinte. Adios, la loi de 75, aux oubliettes.

J'ai une flatulence de Coca qui s'apprête à sortir, là, est-ce que je dois déjà lui donner un prénom ou attendre que ça sente ?

Simone, dis-moi que tu l'attends au tournant sur ce sujet-là aussi (je parle de la loi de 75 hein, pas du pet de Coca)

Mais revenons à nouveau à notre sujet :

Sur le moment, ça m'a fait bondir, cette histoire de mémoire imposée aux gamins de 10 ans, en plein âge d'insouciance, à 10 ans, on pense à aller jouer avec les copains ou les copines, à jouer aux Pokemon ou à la poupée, à regarder TFOU le samedi matin, on pense à aller faire du judo le mercredi après-midi, et à dire "Je t'aime maman" le soir avant de dormir.

Terminé tout ça.

Maintenant, à 10 ans, on te montrera des photos de corps calcinés, de gamins à poil faisant la file indienne à l'entrée de Treblinka, et on va te bourrer le crâne pour que tu n'oublies pas. Bon, une fois arrivé sur le marché de l'emploi, t'inquiète, ça changera rien, tu finiras toujours chomeur, surtout si tu t'appelles Mohammed.

Il a été traumatisé à ce point-là, Sarko pendant son enfance qu'il se sent maintenant obligé de faire chier tous les gamins avec une partie de l'histoire qu'on apprend en général que 4 ans plus tard ?

Et surtout, surtout, la question qui tue, LE sujet tabou : pourquoi CE sujet-là spécifiquement ? Après Guy Môquet, il lui fallait un autre choc sorti de ses bouquins sur la seconde Guerre, voilà qu'il nous sort ça.

J'aimerais rappeler une bonne fois pour toute qu'il n'y a jamais eu de concours de gravité des horreurs de l'humanité, parce que là, il manquait des participants. Vous êtes prêts, allez on fait une petite liste non exhaustive, et pas forcément dans l'ordre chronologique :

- l'exploitation du peuple hébreu par l'Egypte
- L'empire romain qui a soumis toute l'europe, une partie de l'Asie et de l'Afrique.
- Les massacres des Arméniens à partie de 1909 : 1,5 millions de morts en 9 ans
- Le massacre des Rwandais par les Tutsis en 1994 : 800,000 morts en 3 mois
- Le massacre de la Saint-Barthélémy en 1572 : 3000 morts en une seule nuit.
- La colonie Belge au Congo sous Leopold II : 10 millions de morts !
- L'extermination des populations d'Amérique par les espagnols d'abord, les brittaniques ensuite.

Et je n'en cite ici que quelques uns.

Est-ce que tous les enfants Belges doivent apprendre chacun l'histoire d'un petit Congolais de la fin du 19ème siècle ?
Est-ce que tous les enfants ricains ont à apprendre l'histoire d'un petit japonais d'Hiroshima et Nagasaki qui avait leur âge en 45 ? ou l'histoire d'un indien natif d'amérique du nord pendant la conquête de l'Ouest ?
Est-ce que tous les enfants espagnols ont à apprendre l'histoire d'un gosse Aztèque vivant au 16ème siècle ?

Ajoutez à cela tous les autres massacres au nom de la religion, franchement, y'en a pas une pour rattraper l'autre. Vraiment pas une. La religion, ça fabrique des massacres, des discriminations, des exécutions publiques, des pédophiles et des terrorristes. Voilà ce que ça fait. Si ce concept pouvait être effacé de tous les cerveaux de l'humanité, il y aurait la paix sur la Terre.

Arrêtons un peu de nous auto-flageller comme ça, y'a bien assez d'emmerdements pour nous les casser à longueur de journée sans en rajouter une couche. J'imagine bien la réaction du SMICard que son banquier fait chier, qui galère pour boucler ses fins de mois, pour acheter des fringues à ses gosses, pour payer les PV de ces saloperies de radars automatiques, qui voit le chef de l'Etat à la télé, celui-là même en lequel il a cru quand il a glissé son enveloppe dans l'urne en mai dernier, en se rappelant de phrases comme "je ne laisserai personne derrière", ou "je serai le président de TOUS les français", se pointer à la télé pour nous sortir de telles conneries. Je comprends sa déception, vraiment.

Un devoir de mémoire est aussi un devoir de sagesse, un devoir de dignité, un devoir de réflexion, ce n'est pas quelque chose qu'on impose par la loi. Quand laissera-t-on ces pauvres malheureux reposer en paix une bonne fois pour toutes ? La notion de deuil n'existe-t-elle pas ?

Félicitations encore à Madame Simone Veil pour cette magnifique leçon de classe, de dignité, de sobriété, de politesse et de vie, tout simplement, vous méritez toute mon admiration.

Quant à Sarkozy, qu'il retourne s'instruire un peu, car son discours puait la démagogie, on sent vraiment qu'il y a des conseillers politiques derrière pour rédiger ça, des mecs qui sont les derniers à croire à ce qu'ils écrivent, à la merci de tous les lobbies du pays.

Et puis tiens j'ai une idée, pour continuer dans cette ligne : pourquoi ne chengerait-on pas les appellations des enfants à l'école, comme le faisaient nos profs d'anglais ? J'explique : à partir de la 6ème, les cours d'anglais commençaient (oui à l'époque, on enseignait pas l'anglais à l'école primaire, ça commençait au collège), et les profs avaient l'idée, pendant tout le collège et au début de chaque année, de nous appeler par un prénom anglophone. On piochait dans un petit carton un papier où figurait le prénom par lequel allait nous appeler notre prof d'anglais pendant toute l'année. Je me rappelle que je suis passé par Andy et Cole, que j'ai chacun portés pendant 2 ans. Pendant toute l'année, à chaque fois que le prof s'adressait à moi, il m'appelait non pas "Raphaël", mais "Andy". Beh, on s'y faisait. On avait entre 11 et 14 ans.. l'âge de l'insouciance, on s'en foutait, tant qu'ils nous appelaient pas "trouduc" ou "p'tit con".

Et déjà, certains parents réagissaient, je me rappelle, ils n'appréciaient pas qu'on dénature le prénom qu'ils avaient donné à leur gosse. Ben là ils vont pas être déçus.

Alors ma suggestion, c'est que l'instituteur donne à tous ses élèves de CM2 un prénom d'un enfant juif mort dans les camps de concentration. Moché, Samuel, Arièl, Orya, Lévi et j'en passe. J'imagine la tête de Jean-Michel, dont les parents enseignent les cathéchèses aux enfants de bourgeois à Neuilly-sur-Seine (ce qui est tout aussi obscène), ou les parents de Mohammed, musulmans pratiquants à la Mosquée de Lyon. Ils vont être contents de voir leur gamin rentrer chez eux et dire "Papa, papa, à l'école maintenant le maître, ben il m'appelle Abraham, c'est cool, non ?"
En plus, au CM2 on a le même instituteur à longueur de journées, alors que nous, le prof anglais m'appelait Andy que quelques heures par semaine. Vous allez voir qu'un gamin se fera appeler par un autre prénom plus lontemps dans une journée que par son vrai prénom, passant plus de temps avec son institeur qu'avec ses parents.

Il me tarde de voir la réaction du corps enseignant, tiens.

Y'a vraiment rien de plus urgent à réformer dans l'Education, c'est tout ce qu'il est capable de nous pondre ? Vraiment, ceux qui ont voté pour ce type doivent vraiment tirer une gueule longue comme ça...

Qu'est-ce qu'il peut bien y avoir derrière ça ? C'est pas possible d'entendre un président nous sortir des trucs pareils alors que tout déconne dans le pays, que les gamins savent à peine lire et écrire à 10 ans, que leurs parents se saignent aux quatre veines pour subvenir à leur éducation, et que tout ce que Maître Sarko a trouvé pour eux, c'est de leur dire "tu vas apprendre que l'Homme est capable de faire des horreurs", alors qu'il n'a encore même pas appris que l'Homme est aussi capable de belles choses. Si ça c'est pas fait pour nous pondre une génération de traumatisés...

Allez j'en ai marre de ces conneries, Sarko ferme-la et Simone, ouvre-la bien grand, toi au moins quand tu parles, ça ne sent pas le mousseux tiède, les vacances aux frais du CAC40 et le lavage de cerveaux de mômes dès l'enfance.

jeudi 22 mars 2007

La discrimination raciale, on est pas près d'en sortir...

Il y a quelques jours est passée une émission sur France Inter qui traitait du problème de la discrimination raciale en France, à tous les niveaux : à l'embauche, au logement, à l'entrée des discothèques, etc... Plusieurs "experts" et auteurs étaient réunis là et les auditeurs pouvaient intervenir, le plus souvent des victimes qui faisaient part de leur témoignage. Je vais essayer de synthétiser tout ça et donner mon point de vue sur la question...

Pris la main dans le sac.

Comme vous le savez sûrement, une nouvelle pratique a été initiée par les associations de lutte contre les discrimination raciales, cela s'appelle le "testing". Cela consiste à envoyer à une même boîte deux CV aux caractéristiques quasi-identiques, à ceci près que l'un porte la photo d'un blondinet qui s'appelle "Patrick Dupont" et l'autre celle d'un individu basané, cheveux noirs et qui s'appelle "Abdelkader Mahioud". L'expérience est répétée plusieurs fois dans la même boîte, et dans d'autres boîtes aussi, ce qui permet de dresser des statistiques qui permettent de dire "Ces gens-là pratiquent une discrimination à l'embauche des plus odieuses", et ce même si le CV de notre maghrébin est un poil plus avantageux que celui de notre bourguignon.

Cela est bien plus flagrant dans les métiers dans lesquels le contact avec la clientèle est la première qualité, paraît-il "un arabe, ça présente mal". Par contre, s'il s'agit de faire de la maçonnerie ou d'être agent de sécurité, c'est moins un problème. Un auditeur l'a d'ailleurs fait remarquer, dans certaines entreprises de sécurité, c'est même la discrimination opposée qui est pratiquée : les agents de sécurité d'un centre commercial sont presque systématiquement des noirs. On pourrait être démago et signaler que dans ce cas-là personne ne se plaint de l'absence de diversité raciale dans ces entreprises non plus, mais bon, passons.

Pour le logement, c'est à peu près la même chose : deux demandes de visite d'appartement qui arrivent l'une après l'autre, pour Mohammed, c'est déjà pris, et pour François qui appelle 10 minutes plus tard, c'est disponible. Il y a au moins un avantage ici par rapport à la discrimination à l'embauche, c'est que là, le mensonge est caractérisé et chiffrable. En effet, il s'agit là d'un commerce qui, d'après la loi, n'a pas le droit de refuser de vendre. Il a certes le droit de demander des garanties, mais une fois celles-ci réunies, il est plus facile d'établir la discrimination que dans le cas de l'embauche où il y a toujours un côté... "intuitif", non chiffrable, non vérifiable. Et surtout, une entreprise peut prendre son temps pour embaucher (même si ce n'est pas toujours vrai), mais un propriétaire lui, veut que l'argent des loyers rentre en permanence et n'a pas de raison de faire traîner son offre et de refuser un client.

Enfin, à l'entrée des boîtes, là aussi c'est facilement vérifiable, Mouloud et Kader qui arrivent, habillés convenablement, sont refoulés et Jasques et Michel, arrivant avec EXACTEMENT les mêmes fringues, même en étant plus vulgaires, passent.

On a tous vu ou lu ces scénarii étalés dans les journaux ou à la télévision, visant à nous inspirer un profond sentiment de culpabilité "vous avez pas honte de vous comporter comme ça ?".


La mauvaise cible ?

Tout ça c'est bien joli, dresser des amendes à des patrons de discothèques, des chefs d'agence immobilière, des commerçants, mais cela va-t-il résoudre le problème ? Je pense que dans toute cette histoire, on se trompe de cible. Laissez-moi vous raconter un truc que j'avais vu à la télé il y a quelques années maintenant pour étayer mon propos.

Bernard Tapie, à l'époque où il était en pleine bagarre avec Le Pen, avait un jour fait une conférence à Marseille, devant un parterre de convaincus (comme ils font tous évidemment), et, au détour d'une tirade, il s'est mis à tenir des propos hallucinants dont voici une transcription approximative (j'ai plus les phrases exactes en tête, mais c'est pour vous donner une idée) :

"A la première occasion, je te les mets tous (ndRafo : les immigrés) dans une grande barque direction l'algérie et dès qu'ils sont au large, j'envoie une torpille et le problème est réglé".

Et à ce moment-là, torrents d'applaudissements dans la salle. C'était hallucinant, il venait de faire un pur discours extrémiste de son adversaire et toute la salle l'acclamait.

Là-dessus, l'ambiance retombe un peu dans la salle et Tapie leur gueule littéralement dessus :

"Vous voyez bien que le problème c'est pas Le Pen... C'est vous bande de cons"... Et là, le froid dans la salle. Tout le monde se sentait ridicule.

L'association d'idées entre le sujet de cet article et cette anecdote m'a fait réfléchir sur la question et m'a amené à la conclusion suivante : on se trompe de cible.

Le problème, ce n'est pas le commerçant qui refuse d'engager un maghrébin, ce n'est pas le patron de boîte qui refuse l'entrée à un Sénégalais ou encore un agent immobilier qui ne met pas un appartement à disposition de Mohammed.
Le problème, ce sont ceux qui font vivre ces personnes, à savoir leur clientèle. J'explique.

On a déjà vu lors de reportages sur la question de l'immobilier, une petite indication figurant dans des dossiers de location, à la demande des loueurs, un truc du genre "PE" qui signifiait "Pas d'Etrangers". Cela avait provoqué un tollé et ce sont les agents immobiliers qui ont été pointé du doigt. C'est là qu'on se trompait de cible.

L'immobilier est un marché, avec des fournisseurs et des clients. Or, comme aiment à le rappeler certains "le client est roi". Si l'agent immobilier a inscrit ceci dans son dossier, c'est parce que le propriétaire qui veut louer son appartement l'a exigé, faut de quoi il s'adressait à une autre agence. Comme la concurrence est rude, si l'agence avait refusé de publier son annonce sous le prétexte de la discrimination qui en ressort, le propriétaire se serait tout simplement adressé à une autre agence moins scrupuleuse. Bref, s'attaquer à l'agence ne fait que déplacer le problème. Celui qu'il faut blamer, c'est le client de l'agence, à savoir le propriétaire qui exige que son locataire ne soit pas bronzé.

Je me rappelle du jour où une personne qui visitait les appartements de mon immeuble, sonne chez moi pour me demander (authentique) s'il n'y avait pas trop d'arabes dans les environs. J'ai machinalement répondu "non", sans chercher à aller plus loin, n'ayant pas envie de me brouiller avec qui que ce soit, mais surtout, abasourdi par le côté direct de cette question. Je précise qu'il s'agissait d'un couple de retraités, depuis un bon moment.

Au passage, une pyramide des ages des sympathisants FN serait assez révélatrice, je ne serais pas surpris d'apprendre que ce sont des retraités qui votent en majorité FN. C'est d'ailleurs la cible principale du JT de Pernaut, le couple de vieux au fond de sa cambrousse qui a super peur du jeune de banlieue qui vit à 180km de chez lui. Si j'ai vu juste, il y a un espoir à long terme... un terme d'environ 30 ans.

Maintenant, si on retranscrit ce schéma dans la discothèque, c'est un peu pareil, même s'il n'y a pas d'exigence explicite de la part de la clientèle, il suffit d'une fois où il y a eu un incident pour inspirer chez le patron la crainte que sa clientèle se réduise si c'est trop brun dans la salle.

Enfin, pour l'embauche, c'est un peu la même chose : pour avoir moi-même travaillé dans une boutique pendant un peu plus de six mois, le mot d'ordre est "accueil". Il y avait 2 maghrébins et un noir qui bossaient là, mais en réserve, en qualité de manutentionnaires. Le côté commercial était intégralement occupé par des personnes "qui présentent bien", des hommes et femmes blancs de peau...

Bref, l'idée de mon propos est que la crainte du bronzé est quelque chose de profondément ancré dans les mentalités, même celles qui vont dire en public "non non je suis pas raciste" et en privé, notamment quand il s'agit de leurs enfants : "Quoi ? Avec toute la racaille qu'il y a là-bas ? Jamais je mets mon gosse dans cette école". Les parents évoquent la sécurité de leurs enfants, c'est tout légitime, mais ça dénote surtout un malaise bien plus profond : la peur du bronzé.


La loi ne résoud rien.

On l'a vu, tout ceci est finalement une histoire de peurs, de craintes, peu importe qu'elles soient justifiées ou non : la peur est quelque chose d'inconscient. Certes ça s'entretient, et le JT de Pernaut fait ça très bien, mais comme tous les inconscients, ils sont irrationels et difficiles à dissiper. Quand quelqu'un vous inspire la méfiance, celle-ci reste présente longtemps. Et on ne dissipe pas les craintes, les peurs, les méfiances avec la loi. Ca ne marche pas. Pire encore, celui qui aura écopé d'une peine en ressortira avec, en plus de ses craintes, de la rancoeur, ou pire encore.

Collez une amende à un arachnophobe chaque fois qu'il panique en voyant une grosse araignée, vous croyez vraiment que c'est comme ça que ses peurs disparaîtront ?

Seule l'éducation peut porter ses fruits, et encore, cela ne se fera qu'à long terme. Mais c'est un travail de bien plus longue haleine et il fallait des solutions immédiates, faute de quoi on aurait reproché au gouvernement en place de laxisme envers les discriminations. Du coup, on a fait vite et mal : en se trompant de cible et en s'attaquant plus à la forme qu'au fond.

Comme je disais en titre, on est pas près d'en sortir.